Quels sont les recours en cas de rupture d’une relation commerciale ?

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Votre partenaire commercial met fin à une relation qui durait depuis plusieurs années, sans préavis ou avec un délai très court. La décision peut avoir des conséquences immédiates sur votre activité, mais elle ne donne pas automatiquement droit à une indemnisation. En principe, une entreprise reste libre de mettre fin à une relation commerciale. Ce qui peut engager sa responsabilité, c’est notamment le fait de rompre brutalement la relation sans respecter un préavis suffisant.


Nous avons déjà expliqué dans quelles conditions une relation commerciale peut être considérée comme brutalement rompue. Lorsque la rupture vient d’avoir lieu, il faut maintenant savoir comment réagir, vers qui se tourner et ce que vous pouvez réellement obtenir.

Commencez par vérifier les conditions de la rupture

Avant de contester la décision, reprenez les éléments qui permettent de comprendre comment la relation a pris fin. Votre partenaire vous a-t-il adressé un courrier ou un e-mail ? Un préavis a-t-il été prévu ? Les commandes ont-elles cessé immédiatement ou diminué progressivement ? Conservez également les contrats, factures, bons de commande et échanges qui permettent de retracer la relation. Ces documents pourront notamment servir à établir son ancienneté, sa régularité et les conditions exactes de la rupture.


Cette première vérification est importante, car une relation commerciale peut prendre fin sans que la rupture soit nécessairement fautive. Votre partenaire peut également soutenir qu’il a rompu en raison d’un manquement de votre part. Il faudra alors examiner si ce manquement justifiait une rupture sans préavis. De même, sa responsabilité ne pourra pas être engagée s’il se trouve dans une situation de force majeure pouvant justifier la rupture de la relation commerciale.

Trouver une solution avec son partenaire commercial

Si vous estimez que la rupture est brutale, vous pouvez en premier lieu vous adresser directement à l’entreprise qui a rompu la relation. Une contestation écrite permet de rappeler l’ancienneté de votre collaboration, les conditions de la rupture et les raisons pour lesquelles vous estimez le préavis insuffisant.


L’objectif n’est pas nécessairement de reprendre durablement la relation. Vous pouvez demander un préavis plus long, une diminution progressive des commandes ou négocier une indemnisation. Cette solution peut notamment vous laisser le temps nécessaire pour trouver un nouveau client ou fournisseur et réorganiser votre activité.


Si les échanges directs n’aboutissent pas, le Médiateur des entreprises peut également intervenir dans certains différends entre acteurs économiques. La médiation est gratuite et confidentielle. Elle permet de rechercher une solution avec l’aide d’un tiers neutre, sans saisir immédiatement le juge.

Que faire si aucun accord n’est trouvé ?

Lorsque la solution amiable échoue, une action en justice peut être envisagée. L’entreprise peut alors demander réparation du préjudice causé par la brutalité de la rupture. Si la situation nécessite une intervention rapide, le juge des référés peut également être saisi. L’article L. 442-4 du Code de commerce lui permet notamment d’ordonner la cessation de pratiques abusives ou d’autres mesures provisoires, éventuellement sous astreinte.


Cela ne signifie pas pour autant que le juge imposera automatiquement la reprise de la relation. Le référé permet avant tout d’obtenir rapidement certaines mesures provisoires. L’action au fond permettra, quant à elle, de faire reconnaître la responsabilité de l’auteur de la rupture et de demander réparation.

Quelle indemnisation pouvez-vous obtenir en cas de rupture brutale ?

L’indemnisation ne correspond pas automatiquement à toutes les pertes provoquées par la disparition du partenaire commercial. Elle vise principalement le préjudice causé par la brutalité de la rupture, notamment lorsque l’entreprise n’a pas bénéficié d’un préavis suffisant.


Il faut donc déterminer le préavis qui aurait dû être respecté et le comparer avec celui réellement accordé. Si un préavis de six mois était nécessaire alors que seulement deux mois ont été accordés, le préjudice principal sera évalué sur les quatre mois manquants. Par ailleurs, le gain manqué est généralement calculé à partir de la marge sur coûts variables que l’entreprise aurait réalisée pendant cette période. D’autres préjudices peuvent également être indemnisés lorsqu’ils sont directement causés par la brutalité de la rupture et suffisamment démontrés.


Si la difficulté concerne plutôt la fin d’un contrat avant le terme initialement prévu, la question d’une indemnité de résiliation anticipée peut également se poser. Il s’agit toutefois d’un mécanisme différent.

Dans quelles conditions peut-on agir en réparation ?

Pour obtenir réparation, il faudra établir les éléments permettant de caractériser une rupture brutale d’une relation commerciale établie et démontrer le préjudice dont l’indemnisation est demandée.  Ces litiges présentent également une particularité procédurale. Lorsqu’ils relèvent des juridictions commerciales, ils sont confiés à des juridictions spécialement désignées par l’article D. 442-2 et l’annexe 4-2-1 du Code de commerce. Les recours contre leurs décisions sont portés devant la cour d’appel de Paris.


Enfin, l’action est en principe soumise à un délai de prescription de cinq ans. Il reste préférable de réagir rapidement, notamment pour conserver les éléments nécessaires à la preuve de la relation, de la rupture et du préjudice.

En pratique, il n’existe donc pas un recours unique. Vous pouvez d’abord contester les conditions de la rupture auprès de votre partenaire, puis rechercher une solution par la médiation. Si cela échoue, une action judiciaire peut permettre d’obtenir certaines mesures provisoires ou la réparation du préjudice subi. Lorsque le problème ne concerne pas la rupture de la relation mais l’inexécution d’un contrat, d’autres recours peuvent également être envisagés.

Sources juridiques

Maboukath BOUBAKARI

Juriste en droit des affaires et conformité, spécialisée dans l’accompagnement des entreprises et des particuliers sur les questions juridiques du quotidien : droit du travail, droit des sociétés, droit civil. Fondatrice du Repère Juridique, elle décrypte des sujets juridiques complexes en réponses claires, précises et accessibles à tous.
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